Foutage de gueule

Il paraît que le prof doc n’évalue pas les élèves.
Le prof doc passe un Capes ! Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement du Second degré ! Comment peut-on enseigner sans évaluer ? Sans faire un suivi des élèves ? Là, j’aimerais bien qu’on m’explique….
J’enseigne et j’évalue mes élèves. Je suis prof, c’est mon boulot, faire passer des connaissances et m’assurer qu’elles sont comprises, acquises.
On l’entend partout, notre ministre le dit partout, l’éducation aux médias et à l’information -et j’ajouterais la documentation- est primordiale si l’on veut que ces chers petits deviennent des citoyens éclairés. Ce domaine est l’affaire de tous, c’est vrai. Donc la solution est que tous la prennent en charge ? Je ne crois pas. S’informer, informer, communiquer… est devenu trop important maintenant. Parler et écrire correctement notre langue est l’affaire de tous, non ? Pourquoi existe-t-il encore des cours de français alors ?
Je suis lasse. J’aime mon travail, je crois en mon travail, je sais qu’il est nécessaire. Mais. Être toujours mise de côté, avoir un métier non reconnu et amoindri, c’est désespérant.

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Ras le Bol

Avertissement : fortement énervée par la manière dont ma profession est (mal)traitée, ce billet est bordélique et sûrement incomplet. Je m’en excuse.

Je suis prof, j’ai passé un capes et je travaille maintenant dans l’Éducation Nationale. Comme tous les profs certifiés de France, j’ai des droits et des devoirs et quelle que soit l’académie dans laquelle je suis mutée, quel que soit l’établissement dans lequel je travaille, ces droits et devoirs sont les mêmes partout.

C’est à moitié vrai… J’ai effectivement les mêmes devoirs, mais absolument pas les mêmes droits. Tout ça parce que j’ai eu le malheur de devenir professeur documentaliste.

Je m’explique, les différents textes officiels concernant ma profession de prof sont interprétés de différentes manières par les inspecteurs en charge des profs docs (IPR-EVS) et par les chefs d’établissement. Ces textes sont normalement applicables et appliqués partout en France. Dans la vraie vie, sur le terrain des établissements, ce n’est pas le cas.

Par exemple, la récupération des heures d’enseignement effectuées

Le décret d’août 2014 sur les ORS et sa circulaire d’application prévoit qu’une heure d’enseignement compte double. Pour une heure de cours (selon certaines conditions bien sûr), le prof doc peut récupérer une heure qui correspond en fait à l’heure de préparation de ce cours, aux corrections d’évaluation, etc…

  • Certaines de mes collègues (de mon académie ou d’ailleurs) subissent un chantage de leur chef : « Vous voulez récupérer vos heures ? Pas question ! C’est la loi qui m’y oblige ? Et bien dans ce cas, je vous retire les classes !». Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que les heures « documentation » ne sont pas inscrites dans les emploi du temps réglementaires des élèves. Concrètement, le prof doc n’est pas obligé de faire cours, alors le chef d’établissement est prêt à supprimer ces cours pour éviter que le CDI doit fermé trop souvent.
  • J’ai de la chance : mon chef d’établissement accepte que je récupère mes heures, celles qui sont comptabilisées dans la Dotation Horaires Globales (DHG). Mais je ne suis pas assurée pour autant de mon avenir pédagogique ! Quand mon chef sera muté, qui le remplacera ? Le prochain chef sera-t-il aussi respectueux de la loi ? Utilisera-t-il lui aussi un petit de chantage pour contourner tout ça ?

Autre exemple, la réforme et ses fameux EPI !

  • Selon certains IPR-EVS (notamment dans une académie qui me monte au nez), les EPI ne peuvent être menés par un binôme « un prof de discipline / un prof doc ». Voici ce que j’ai lu récemment sur une liste de discussion professionnelle : «Le professeur documentaliste ne pourra intervenir seul devant la classe, il sera en appui du professeur d’une autre discipline sur laquelle s’appuieront les compétences travaillées.» Le gars ou la fille qui a écrit un tel truc n’a pas dû lire le petit billet du syndicat SE-UNSA qui explique qu‘au «même titre que les profs disciplinaires, ils [les profs docs] pourront participer aux EPI en formant des binômes avec des profs de disciplines.» Le prof doc ne serait pas assez compétent pour intervenir seul ? Doit-il être surveillé par un collègue de discipline ? Est-il dangereux à ce point, complètement fou à lier, qu’on ne doit surtout pas lui confier des élèves ? Je souhaite bon courage aux collègues profs docs de cette académie !
  • Dans mon académie, visiblement, certains thèmes/sujets ne peuvent, selon mon IPR, caractériser un EPI. Par exemple, si je travaille sur l’orientation, je ne peux le faire dans le cadre d’un EPI alors qu’une des thématiques des EPI est «monde économique et professionnel !». On croit rêver !

 

Enfin dernier exemple, les heures sup !

L’année dernière, j’ai travaillé sur un gros projet avec trois de mes collègues. En fin d’année, surprise, nous avions droit au paiement de 9 heures supplémentaires chacun.

  • Mes collègues ont reçu leur argent à la fin du mois de juin
  • J’attends toujours de les recevoir… Tout ça parce que là haut, dans les petits bureaux, on ne peut pas me les payer : un prof doc n’a pas le droit aux heures sup !

Pour un même travail, mes collègues sont rétribués, et moi non. Je ne sais pas ce qui me retient de dire de gros gros mots tellement mon ras le bol est total.

Des exemples, j’en ai plein d’autres

mais je ne vais pas faire un long catalogue de ces diverses interprétations des textes officiels. Pas le temps et pas envie.

En conclusion

Pour une Éducation NATIONALE, je trouve scandaleux que le statut des profs docs soient si différents d’une académie à l’autre, d’un établissement à l’autre. Et il n’est absolument pas normal que les IPR, chefs et compagnie interprètent à leur guise les différents textes officiels. A mon sens, ils sont hors la loi.

J’en ai marre, vraiment marre de me battre pour ce type de connerie, pour des personnes qui nous clament haut et fort que l’EMI (Éducation aux Médias et à l’Information) est essentielle à l’éducation de nos chers petits.

C’est de l’hypocrisie.

Si cette «éducation à» était si importante, on se serait donné les moyens de réellement la mettre en œuvre, on aurait utilisé les enseignants les plus à même de la mener : les profs docs ! Ce n’est vraiment pas ce vers quoi nous allons actuellement et, pour moi, c’est inacceptable.

(Je vous avez prévenus, c’est un texte un peu en désordre et totalement rageur)

Le vrai danger, c’est MisterBagoo !

 

J’ai assisté à une présentation proposée par une association spécialiste, paraît-il, de la génération numérique, celle qui propose aux établissements scolaires des réunions d’information, de sensibilisation, de prévention aux risques d’Internet et des outils numériques. Oui, oui, il s’agit bien de cette association souvent décriée et je sais maintenant qu’elle ne l’a pas volé.

J’ai un fils au collège, en classe de quatrième. Comme tous les élèves de 4ème et de 3ème de son collège, mon fils a eu droit à une intervention de 2 heures menée par MisterBagoo, digne représentant de l’association en question. Le soir, c’était au tour des parents d’assister à la (re)présentation. Sur le papier, il était écrit « réunion d’information et sensibilisation sur les dangers d’internet au collège ».

Perte de temps et coup de sang…

Le discours de MisterBagoo était du formaté, du appris par cœur, prêt à l’emploi, qui marche partout et quel que soit le public. MisterBagoo n’a absolument pas adapté son discours au public : que ce soit pour les élèves ou pour les parents, c’était la même intervention, le même diaporama, même discours démago (jusque dans les mêmes blagues foireuses), même vocabulaire d’jeun. Insupportable.

Et quel débit ! MisterBagoo a fait sa démo du vendeur de choc en monopolisant la parole comme un chef. On se serait cru un jour de fin de marché, quand les maraîchers bradent leurs tomates restantes avant de plier l’étal et quand les poissonniers vantent les mérites de leur beau poisson. Il parlait, parlait, parlait, ne répondait pas aux questions, les évitait, disait qu’il allait y revenir plus tard, il embrouillait la clientèle et allait là où il voulait aller. Il a été finalement assez difficile d’intervenir et le seul moment d’échange possible était prévu en fin de présentation, lorsqu’il rangerait son matériel. Décidément, MisterBagoo montre qu’il n’est pas le roi de la communication en négligeant les règles de base.

Cette réunion n’était définitivement pas un espace d’échange.

MisterBagoo était d’office mal parti : il a commencé son intervention en affirmant que tout document publié sur Internet appartenait à tout le monde…

J’ai fait un bond et ai protesté.

Lui : « Ne vous inquiétez pas Madame… »

Moi : « Oh mais je ne suis pas inquiète, je voulais juste signaler que c’est faux »

Lui : « Je voulais dire que tout le monde y avait accès » (remarquons ici l’imprécision du vocabulaire que l’on retrouvera un peu partout dans son intervention)

Moi : « Propriété ne veut pas dire accès et de toute façon c’est aussi faux pour l’accès »

Lui : « oui oui, on va le voir plus tard»1

Et hop il est reparti sur les chapeaux de roues et a relancé son discours. Impossible d’en placer une à moins de lui couper la parole, ce que mon éducation m’interdit, donc je bouillonnais sur ma chaise.

Sur l’ensemble de sa présentation, il est passé des Creative Commons à Facebook en passant par la protection des ordinateurs (grosse méprise entre Pare-Feu et antivirus et conseils aberrants… l’informatique ne doit pas être son fort), Twitter, Facebook, Wikipedia et même les impôts (pas spécialiste des impôts non plus). Il ne s’agissait que d’un discours bateau, d’un vague survol qui, pour faire plus vrai, était accompagné de chiffres et statistiques en tous genres. Petit problème, MisterBagoo ne cite jamais ses sources. Enfin si, il les cite quelques fois : quand les chiffres proviennent… de son frère, gendarme dans la capitale régionale. Oui Madame, oui Monsieur, vous avez bien entendu : ces chiffres ne peuvent qu’être vrais, parlants et généralisables à l’ensemble de la population !

MisterBagoo était méprisant et moqueur quand il parlait des jeunes. En blaguant, il citait ces « crétins » (il a réellement employé ce terme) qui ne savent pas se protéger sur Internet. Il a rebondi de cliché en cliché sur les jeunes. Il en est même arrivé à dire que les photos de profil Facebook des jeunes (qui ont tous, c’est bien connu, un profil Facebook) étaient soit une photo « au air de rappeur », soit une photo « au air de mannequin ». Ils parlent de nos enfants, là ? Il parle de mon fils ? Mon fils qui pourrait être un crétin et qui aurait un compte Facebook (Ah bon ?) avec une photo sur laquelle il a le regard méchant, la casquette vissée de travers et le geste des doigts typique des rappeurs ? Mon fils ?

J’ai rarement entendu autant de bêtises, de clichés, de mensonges et d’imprécisions à la fois !

Voici ses précieux conseils pour éviter ces fameux dangers d’Internet et des outils numériques, conseils qu’il a donnés aux parents mais aussi aux élèves en classe :

  • ne pas mettre de photos sur Facebook

    (Lui, il n’est pas du genre à prendre appui sur les pratiques des p’tits jeunes)

  • utiliser les listes de Facebook

    (aucun conseil sur le paramétrage de Facebook, même pas ceux du genre : protéger son compte pour qu’il ne soit pas visible par les personnes extérieures, faire en sorte que son compte ne puisse être retrouvé dans un moteur de recherche internet, tester le compte pour voir comment il est vu de l’extérieur, etc… Rien de tout ça, débrouillez-vous)

  • ne pas utiliser Wikipedia

    (Pour lui, Wikipedia n’est pas fiable, de nombreux articles sont inexacts, tout le monde peut y publier n’importe quoi et comme en plus les modérateurs n’ont pas le temps de tout lire… alors…

    Et même si c’était vrai ! A aucun moment il ne suggère d’utiliser Wikipedia intelligemment ou de comparer les informations venant de plusieurs sites différents. Ben non, ça aurait été trop beau.)

  • n’utiliser que les plateformes de téléchargement libre et les creatives commons

    (On peut faire ce qu’on en veut de ce qu’on y trouve. Servez-vous comme vous voulez, il n’y a aucun droit là dessus ! Est-ce qu’il est au courant pour les 6 licences CC ?)

  • naviguer en « https » pour protéger son compte Facebook

    (Je reste sans voix)

  • Les enfants ne doivent pas donner leur mot de passe à leurs parents, jamais, jamais. Et donc, les parents ne doivent pas le demander à leurs enfants.

    (MisterBagoo a du oublier que, devant la loi, les parents sont responsables des actes leurs enfants mineurs, le mot de passe doit donc, dans certains cas, être connu d’eux. De plus MisterBagoo laisse entendre qu’il n’existe aucune confiance mutuelle entre les enfants et leurs parents. Je connais les mots de passe de mon fils et ça ne me viendrait jamais à l’esprit de les utiliser sans son autorisation ! )

Il est bien entendu que je conseille fortement de prendre tous ses beaux conseils avec des pincettes, voire de les jeter à la poubelle. Cet homme n’a aucun discours pédagogique, il interdit, n’explique rien, ne demande aucune réflexion. Il faut juste appliquer ses conseils et tout ira bien. C’est tout.

Ce n’est pas en invitant uniquement MisterBagoo dans un établissement scolaire que l’on fait de l’éducation à un Internet responsable, il faut plus que cela. Parce qu’être responsable, ce n’est pas seulement connaître les dangers, c’est aussi savoir les limiter, les éviter, anticiper, comprendre ce qui se passe, réfléchir à ses actions, échangeravec les autres etc… MisterBagoo a été incapable d’aller au delà de la simple (simpliste ?) présentation des dangers, j’espère que les autres MisterBagoo de cette association sont un peu plus doués que lui…

Dans toute cette histoire, ce qui est inquiétant, je trouve, est que le discours de MisterBagoo peut sembler tout à fait correct pour les non-initiés et il peut passer pour un spécialiste de la chose. Ce qui a été dit par MisterBagoo paraît réellement crédible alors que ce n’est pas rigoureux du tout. Pire, ce flot d’informations pourrait avoir stresser ou angoisser les parents ou enfants ignorant de ce qu’est Internet, de ce qui s’y passe, etc… MisterBagoo a révélé tous les dangers d’Internet à l’assemblée mais n’a donné aucun conseil valable. Au final, non seulement certains parents ont découvert des dangers terribles qu’ils ne soupsonnaient même pas mais en plus MisterBagoo les a laissé sans solution viable. Quelle avancée !

Si j’étais bien moins renseignée dans ce domaine (dangers ou pas danger), je rentrerais chez moi et je couperais la connexion Internet de mon fils !

Heureusement pour lui, je continue à me former, à lui faire confiance, à lui expliquer et à dialoguer avec lui.

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1Ce ne sont pas les paroles exactes de notre bref échange, mais l’idée est là.

Évolution Disparition

Le 3C … pour faire bref et pour comprendre ce nouveau concept de lieu, attaquons la lecture du vademecum « Vers des centres de connaissances et de culture ». 

  • Les CDI doivent évoluer parce que les technologies elles-même ont évolué, modifiant du coup les conditions d’accès à l’information et aux connaissances… OK. J’imagine que beaucoup de CDI ont déjà commencé cette évolution.

  • Le 3C doit répondre aux besoins de tous et doit être pensé collectivement… « Aux besoins de tous », OK / « Pensé collectivement », là ça devient plus difficile…

  • Le 3C propose des ressources et services pour que les élèves deviennent autonomes, juste accompagnés, aidés, conseillés… par qui ?

  • Le 3C est une sorte de self-service libéré du temps et de l’espace, en tout lieu et à toute heure… Peu crédible.

Je ne tiens pas à livrer, dans le détail, un avis, une réflexion, une critique, d’autres le font bien mieux que moi. Je peux juste dire que, de ces 3C, je n’en pense pas que du bien, ni que du mal. Les gars des bureaux de là-haut, tout là-haut, tout là-haut, ont pensé l’évolution d’un espace (évolution qui n’est sur certains points pas tout à fait aberrante je trouve) et tentent de l’imposer. Mais ils se sont bien gardés d’aborder le rôle, les missions, le statut voire même l’identité de ceux qui y travailleront.

Pour moi, cette histoire de 3C fait partie d’une volonté présente depuis bien longtemps déjà dans l’enseignement secondaire : le refus de donner au prof doc les moyens d’enseigner sereinement (non-reconnaissance de son rôle pédagogique) et d’instaurer une discipline « Sciences de l’Information et de la communication » (ou tout autre nom qu’on pourrait lui donner)1.

Il ne faut pas se leurrer, jamais le prof doc ne sera responsable d’un enseignement. Vous imaginez des profs docs faisant officiellement cours ? Les gars de là-haut, tout là-haut seraient obligés de repenser le temps de présence des profs docs dans leur établissement (1 heure de cours = 1 heure de préparation), de recruter pour pallier à cette réduction de temps de présence, de former davantage de personnels. Honnêtement, tant d’argent serait dépensé pour ça ? Non. Ca coûterait trop cher. A mon avis, il n’y a aucun espoir pour que la situation s’améliore, vraiment aucun. C’est une position défaitiste, je sais, mais même collectivement nous n’avons que peu la main sur ce dossier et nous ne pouvons que limiter les dégâts. C’est terrible.

Je crois que dans les années à venir, le travail de prof doc va changer : nous serons davantage documentaliste et de moins en moins professeur voire plus du tout, une sorte d’agent technique de la doc au service de tous. Je n’ai pas « signé » pour ce métier là, alors même si je pense que la bataille est vaine, je ne baisse pas les bras. Je crois en mon travail et je suis convaincue que j’ai mon rôle à jouer dans la formation de l’élève, pour qu’il soit un citoyen d’aujourd’hui avec toutes les nouvelles compétences/connaissances/compréhension que cela implique. J’espère qu’à l’avenir j’aurai encore assez de liberté pour m’échapper du cadre tracé par les gens de là-haut, tout là-haut et pour réinventer mon travail, me le réapproprier avec ces nouvelles contraintes et par des chemins détournés continuer à enseigner.

J’espère que je pourrai reconstruire le métier dans lequel je me suis engagée.

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1 Pour l’instant, je ne veux pas entrer dans le débat du « faut-il une discipline ? Un enseignement transversal ? Le prof doc ne va-t-il pas perdre sa liberté ? Etc.. on en lit assez sur les listes de discussion.

Mon échec

Depuis que je suis prof doc, je tente sans succès de mettre sur pied une PolDoc1 dans mon établissement.

J’ai toujours trouvé que la PolDoc était un extraordinaire outil stratégique, un fil guide pour les 4 années à venir., un plan d’action. Il s’agit de s’arrêter un instant, de scruter la situation, le contexte et d’interroger le rôle de la documentation dans l’établissement : que veut-on en faire ?

Acquisition, conservation/élimination et communication. « Mettre en place une politique documentaire, c’est d’abord définir les besoins des usagers en matière de ressources documentaires. C’est aussi créer de nouveaux besoins (lecture, recherche d’information…). C’est aussi définir l’accès aux ressources, réelles et virtuelles. Enfin, c’est définir la performance du système documentaire, à partir d’indicateurs qui permettent l’évaluation qui infléchira la politique documentaire.»2 Il s’agit de penser le système pour qu’il soit en mesure d’offrir au public un accès facilité à des ressources pertinentes, d’imaginer les évolutions/améliorations du système actuel et de planifier son développement, de définir, construire et d’adopter des méthodes de travail et outils pour parvenir à ce système visé. La PolDoc en établissement scolaire est aussi axée sur la formation des élèves à la maîtrise de l’information : définition des apprentissages souhaités (documentaires, informationnels et médiatiques) pour chaque niveau de classe , des objectifs, des actions à réaliser (que veut-on leur apprendre, quelle progression dans ces apprentissages, quelles situations de partenariat…).

C’est très simple : La PolDoc, fruit de nos réflexions, est le cadre de nos actions.

J’ai bien essayé une année, d’en faire une pour qu’elle figure dans le projet d’établissement. J’avais fait un état des lieux minutieux de la situation (analyse de l’environnement, du public, des pratiques existantes, des ressources à disposition, des conditions de leur accès, de leur localisation…). J’avais défini les finalités de la PolDoc et les objectifs permettant de les atteindre (gestion du fonds, accès aux ressources, communication, progression pédagogique). J’avais mis sur pied et en œuvre des actions. J’avais même prévu les outils et indicateurs me permettant d’évaluer cette politique. Un beau travail, cet outil m’a grandement aidé à me cadrer, à rendre cohérentes les différentes tâches que j’effectuais, à arrêter de m’éparpiller et de me perdre dans la foule de choses à penser. J’étais relativement contente de moi.

Mais, avec du recul, cette PolDoc n’en était pas une, c’était juste un projet CDI sur 4 ans. Que me manquait-il ? Elle avait été faite dans les règles (enfin il me semble), à une seule exception : je l’ai faite seule. La PolDoc est une belle invention mais elle ne peut être réalisée par une seule personne. Intégrée dans le projet d’établissement, elle engage l’établissement dans son ensemble, tous ses acteurs. Là est mon échec, je n’ai pas su mobiliser les troupes, pas su intéresser, susciter l’envie de se questionner sur la place de la documentation, je n’ai pas su faire comprendre et/ou entendre que la PolDoc n’était pas le projet de la prof doc qui gère un CDI mais celui de tout le monde. Quel que soit l’axe (gestion, communication, pédagogie), je n’ai passionné personne. Peut-être ai-je eu tort de leur annoncer, de but en blanc, « Politique documentaire », ils ont dû été effrayés. J’aurai peut-être dû être plus subtile ou ruser en m’appuyant d’abord sur les piliers influents de la salle des profs au lieu de parler à tout va.

Quand j’étais stagiaire doc, je voyais la PolDoc comme « le projet de toute une vie de prof doc », c’est toujours le cas mais je commence à me demander si ce ne serait pas aussi une sorte de « Sagrada familia » de la prof doc. Il faut être complètement fou pour imaginer concevoir un projet pareil et il faut bien plus d’une vie pour le mener à bien.

Dernièrement, pour la construction du nouveau projet d’établissement, je me suis juste demandé ce que la documentation et moi pouvions apporter à l’établissement, comment nous pouvions participer à la réalisation de certains axes, et j’ai mis ma petite pierre personnelle juste là où c’était nécessaire et réalisable. J’ai agi en tant que prof doc et non comme pilote d’une PolDoc. Aujourd’hui beaucoup de mes collègues sont sensibles à la question mais pas au point de vouloir s’engager. Faute de volontaires et de travail collégial, je n’ai pas écrit de PolDoc juste pour qu’elle figure dans le projet d’établissement, juste pour qu’il y ait quelque chose. Cela n’a pas de sens. Donc pas de progression pédagogique non plus, je le refuse parce que ce ne serait pas le souhait de tous mais uniquement le mien. Par contre pour me donner tout de même un cadre de travail pour les 4 années à venir, j’ai écrit mon propre projet CDI, un projet sur ce que je veux/peux/dois réaliser : la « politique de la prof doc » Tous les ans, les bilans et projets intermédiaires me permettent de fixer plus finement les priorités de mes différents axes (gestion, communication, ouverture culturel, pédagogie).

Par ce choix, je ne remplis pas une de mes missions. Je suis en défaut et pourtant je pense vraiment que mon choix répond à une démarche honnête. Cependant ma situation serait inconfortable si « Big Cheaf » avait la brillante idée de venir m’inspecter… Je sais qu’il préfère voir une progression hypothétique que rien du tout, aussi je ne suis pas sûre qu’il soit réceptif à mes arguments et qu’il comprenne mes choix. Pourtant, j’ai activement commencé le travail : la « politique de la prof doc » peut être l’élément de départ d’une PolDoc, une base de travail. Je peux en être le pilote mais il me faut des troupes et la mobilisation collective n’est pas chose aisée à obtenir. Visiblement je dois encore développer certains savoir-faire et compétences pour que la PolDoc devienne l’affaire de tous, et non plus seulement la mienne. Alors seulement la PolDoc aura sa place dans le projet d’établissement.

Voilà comment je me suis accommodée de la réalité.

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1– Politique documentaire, ce que Bertrand Calenge définit comme la « conception et mise en œuvre de méthodes et d’outils permettant de répondre aux missions de la structure et aux attentes des usagers » dans Conduire une politique documentaire (coll. « Bibliothèques », Paris, Éditions du Cercle de la librairie, 1999. 386 p).

2– Guy Pouzard, Information et documentation en milieu scolaire, Rapport du groupe EVS de l’IGEN, janvier 2001, http://www.cndp.fr/savoirscdi/fileadmin/fichiers_auteurs/Metier/documentIG.pdf

Ca suffit !

Exercer le métier de prof doc nécessite de passer et d’obtenir un Capes, pas n’importe lequel : le Capes documentation.

Dans mon petit département et ma petite académie, je vois de plus en plus de postes de prof doc occupés par des « profs en reconversion », des profs qui ne veulent (peuvent ?) plus enseigner leur discipline et que les « Bureaux d’en Haut » ne savent pas où caser. Alors ils sont nommés sur des postes de prof doc, à plus ou moins long terme.

Le boulot de prof doc nécessite des connaissances et compétences spécifiques, c’est un travail technique, rigoureux et pointu qui n’est pas forcément accessible à tout un chacun, en tout cas pas sans formation. Aussi il est irrespectueux de penser qu’il suffit d’être prof pour pouvoir faire convenablement le boulot de prof doc1Franchement, est-ce qu’il nous viendrait à l’idée de nommer un prof de musique (de lettres, de maths, etc…, peu importe) sur un poste de prof d’EPS ou de langues sans aucune formation relative à cette discipline ?

Ici dans mon petit coin de verdure, les profs en reconversion2 sont à peine formés au métier, ne bénéficient, pour les plus chanceux, que de quelques mois (3 grand maximum) de stage d’observation puis sont jetés dans un CDI, sans tuteur, sans aide, sans rien. Ce doit être déboussolant que se débrouiller seul dans un lieu et une fonction si particuliers et multiples. Croit-on vraiment que quelques petits mois de stage suffisent pour être compétent ? Et qui se charge d’accompagner ces enseignants dans leur première année en responsabilité au CDI ? Les « Bureaux d’en Haut » sont totalement, ou presque, absents dans ce suivi. Alors heureusement qu’il existe un réseau de profs docs particulièrement solidaires qui peut aider comme on colle une rustine (liste de diffusion ou collègues environnants). Mais cela ne suffit pas…

Ici, faute de formation adéquate (gestion d’un lieu, accueil d’un public, apprentissage info-doc, ouverture sur le monde, politique documentaire, projet CDI, bilan d’activité, promotion de la lecture…), certains CDI sont dévastés, désertés, inexistants et le seront encore pendant longtemps. Certains enseignants en reconversion s’investissent peu, pas ou mal dans leur mission pédagogique et laissent des cohortes et des cohortes d’élèves dans leur ignorance documentaire, informationnelle et médiatique. La reconversion telle qu’elle est mis en œuvre dans ma petite académie prend la forme d’un bouchage de trous à tout prix, c’est à dire sans se soucier des conséquences pour les reconvertis (certains, totalement démunis, vivent vraiment très mal leur parachutage à la sauvage), pour les élèves qui ne reçoivent pas forcément l’enseignement auquel ils ont droit ou qui n’ont pas accès à un CDI en bon état de fonctionnement, et pour l’établissement dans son ensemble. Les «Bureaux d’en Haut » méprisent notre profession, méprisent les enseignants qui désirent (?) changer de discipline (pour une non-discipline, mais ça c’est un autre sujet de fâcherie) et méprisent les élèves. Certes ces dysfonctionnements ne sont peut-être que de petits cas isolés (et encore j’en doute) mais dans tous les cas ils ne devraient pas exister (ça j’en suis sure).

Y’en a marre

Je ne comprends pas pourquoi certaines personnes, sans formation, pourrait occuper le poste d’un de mes pairs (voire mon poste si l’envie me prenait de vouloir muter, chose impossible puisque les postes sont bloqués et puisque les reconvertis ont bien souvent plus de points que moi…). Pourquoi passer un Capes alors qu’il suffit juste de quelques mois de stage ? Comment revendiquer et asseoir notre expertise alors que n’importe qui, compétent ou non, peut être prof doc ? Quelle crédibilité cela nous donne-t-il ? Le métier de prof doc, qui est soit disant reconnu dans les textes officiels, est piétiné dans les faits (Pourquoi publier un référentiel de compétences spécifiques aux profs docs alors qu’on met tout le monde et n’importe qui sur les postes ?). On se moque du monde ! Ce système ne fonctionne pas, est incohérent et est préjudiciable à ma profession et à moi-même. Alors, il faudrait qu’on arrête de nous baratiner (nous ne sommes pas dupes) et qu’on arrête de leurrer les profs en reconversion en leur proposant cette solution comme idéale.

Ca commence à bien faire !

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1– Je ne dis pas que les profs en reconversion sont tous de mauvais prof doc parce que ce n’est pas exact. Donc non, je ne rentrerai pas dans ce débat du « il y a des profs en reconversion qui sont de très bons profs docs tandis qu’il y a des certifiés docs qui sont de réelles catastrophes »

2– et je ne parle ici que des profs en reconversion. Il existe une multitude de cas différents, dans son coup de gueule, Eleusie de Mortagne en parle très bien