Ca suffit !

Exercer le métier de prof doc nécessite de passer et d’obtenir un Capes, pas n’importe lequel : le Capes documentation.

Dans mon petit département et ma petite académie, je vois de plus en plus de postes de prof doc occupés par des « profs en reconversion », des profs qui ne veulent (peuvent ?) plus enseigner leur discipline et que les « Bureaux d’en Haut » ne savent pas où caser. Alors ils sont nommés sur des postes de prof doc, à plus ou moins long terme.

Le boulot de prof doc nécessite des connaissances et compétences spécifiques, c’est un travail technique, rigoureux et pointu qui n’est pas forcément accessible à tout un chacun, en tout cas pas sans formation. Aussi il est irrespectueux de penser qu’il suffit d’être prof pour pouvoir faire convenablement le boulot de prof doc1Franchement, est-ce qu’il nous viendrait à l’idée de nommer un prof de musique (de lettres, de maths, etc…, peu importe) sur un poste de prof d’EPS ou de langues sans aucune formation relative à cette discipline ?

Ici dans mon petit coin de verdure, les profs en reconversion2 sont à peine formés au métier, ne bénéficient, pour les plus chanceux, que de quelques mois (3 grand maximum) de stage d’observation puis sont jetés dans un CDI, sans tuteur, sans aide, sans rien. Ce doit être déboussolant que se débrouiller seul dans un lieu et une fonction si particuliers et multiples. Croit-on vraiment que quelques petits mois de stage suffisent pour être compétent ? Et qui se charge d’accompagner ces enseignants dans leur première année en responsabilité au CDI ? Les « Bureaux d’en Haut » sont totalement, ou presque, absents dans ce suivi. Alors heureusement qu’il existe un réseau de profs docs particulièrement solidaires qui peut aider comme on colle une rustine (liste de diffusion ou collègues environnants). Mais cela ne suffit pas…

Ici, faute de formation adéquate (gestion d’un lieu, accueil d’un public, apprentissage info-doc, ouverture sur le monde, politique documentaire, projet CDI, bilan d’activité, promotion de la lecture…), certains CDI sont dévastés, désertés, inexistants et le seront encore pendant longtemps. Certains enseignants en reconversion s’investissent peu, pas ou mal dans leur mission pédagogique et laissent des cohortes et des cohortes d’élèves dans leur ignorance documentaire, informationnelle et médiatique. La reconversion telle qu’elle est mis en œuvre dans ma petite académie prend la forme d’un bouchage de trous à tout prix, c’est à dire sans se soucier des conséquences pour les reconvertis (certains, totalement démunis, vivent vraiment très mal leur parachutage à la sauvage), pour les élèves qui ne reçoivent pas forcément l’enseignement auquel ils ont droit ou qui n’ont pas accès à un CDI en bon état de fonctionnement, et pour l’établissement dans son ensemble. Les «Bureaux d’en Haut » méprisent notre profession, méprisent les enseignants qui désirent (?) changer de discipline (pour une non-discipline, mais ça c’est un autre sujet de fâcherie) et méprisent les élèves. Certes ces dysfonctionnements ne sont peut-être que de petits cas isolés (et encore j’en doute) mais dans tous les cas ils ne devraient pas exister (ça j’en suis sure).

Y’en a marre

Je ne comprends pas pourquoi certaines personnes, sans formation, pourrait occuper le poste d’un de mes pairs (voire mon poste si l’envie me prenait de vouloir muter, chose impossible puisque les postes sont bloqués et puisque les reconvertis ont bien souvent plus de points que moi…). Pourquoi passer un Capes alors qu’il suffit juste de quelques mois de stage ? Comment revendiquer et asseoir notre expertise alors que n’importe qui, compétent ou non, peut être prof doc ? Quelle crédibilité cela nous donne-t-il ? Le métier de prof doc, qui est soit disant reconnu dans les textes officiels, est piétiné dans les faits (Pourquoi publier un référentiel de compétences spécifiques aux profs docs alors qu’on met tout le monde et n’importe qui sur les postes ?). On se moque du monde ! Ce système ne fonctionne pas, est incohérent et est préjudiciable à ma profession et à moi-même. Alors, il faudrait qu’on arrête de nous baratiner (nous ne sommes pas dupes) et qu’on arrête de leurrer les profs en reconversion en leur proposant cette solution comme idéale.

Ca commence à bien faire !

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1– Je ne dis pas que les profs en reconversion sont tous de mauvais prof doc parce que ce n’est pas exact. Donc non, je ne rentrerai pas dans ce débat du « il y a des profs en reconversion qui sont de très bons profs docs tandis qu’il y a des certifiés docs qui sont de réelles catastrophes »

2– et je ne parle ici que des profs en reconversion. Il existe une multitude de cas différents, dans son coup de gueule, Eleusie de Mortagne en parle très bien

 

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