Ras le Bol

Avertissement : fortement énervée par la manière dont ma profession est (mal)traitée, ce billet est bordélique et sûrement incomplet. Je m’en excuse.

Je suis prof, j’ai passé un capes et je travaille maintenant dans l’Éducation Nationale. Comme tous les profs certifiés de France, j’ai des droits et des devoirs et quelle que soit l’académie dans laquelle je suis mutée, quel que soit l’établissement dans lequel je travaille, ces droits et devoirs sont les mêmes partout.

C’est à moitié vrai… J’ai effectivement les mêmes devoirs, mais absolument pas les mêmes droits. Tout ça parce que j’ai eu le malheur de devenir professeur documentaliste.

Je m’explique, les différents textes officiels concernant ma profession de prof sont interprétés de différentes manières par les inspecteurs en charge des profs docs (IPR-EVS) et par les chefs d’établissement. Ces textes sont normalement applicables et appliqués partout en France. Dans la vraie vie, sur le terrain des établissements, ce n’est pas le cas.

Par exemple, la récupération des heures d’enseignement effectuées

Le décret d’août 2014 sur les ORS et sa circulaire d’application prévoit qu’une heure d’enseignement compte double. Pour une heure de cours (selon certaines conditions bien sûr), le prof doc peut récupérer une heure qui correspond en fait à l’heure de préparation de ce cours, aux corrections d’évaluation, etc…

  • Certaines de mes collègues (de mon académie ou d’ailleurs) subissent un chantage de leur chef : « Vous voulez récupérer vos heures ? Pas question ! C’est la loi qui m’y oblige ? Et bien dans ce cas, je vous retire les classes !». Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que les heures « documentation » ne sont pas inscrites dans les emploi du temps réglementaires des élèves. Concrètement, le prof doc n’est pas obligé de faire cours, alors le chef d’établissement est prêt à supprimer ces cours pour éviter que le CDI doit fermé trop souvent.
  • J’ai de la chance : mon chef d’établissement accepte que je récupère mes heures, celles qui sont comptabilisées dans la Dotation Horaires Globales (DHG). Mais je ne suis pas assurée pour autant de mon avenir pédagogique ! Quand mon chef sera muté, qui le remplacera ? Le prochain chef sera-t-il aussi respectueux de la loi ? Utilisera-t-il lui aussi un petit de chantage pour contourner tout ça ?

Autre exemple, la réforme et ses fameux EPI !

  • Selon certains IPR-EVS (notamment dans une académie qui me monte au nez), les EPI ne peuvent être menés par un binôme « un prof de discipline / un prof doc ». Voici ce que j’ai lu récemment sur une liste de discussion professionnelle : «Le professeur documentaliste ne pourra intervenir seul devant la classe, il sera en appui du professeur d’une autre discipline sur laquelle s’appuieront les compétences travaillées.» Le gars ou la fille qui a écrit un tel truc n’a pas dû lire le petit billet du syndicat SE-UNSA qui explique qu‘au «même titre que les profs disciplinaires, ils [les profs docs] pourront participer aux EPI en formant des binômes avec des profs de disciplines.» Le prof doc ne serait pas assez compétent pour intervenir seul ? Doit-il être surveillé par un collègue de discipline ? Est-il dangereux à ce point, complètement fou à lier, qu’on ne doit surtout pas lui confier des élèves ? Je souhaite bon courage aux collègues profs docs de cette académie !
  • Dans mon académie, visiblement, certains thèmes/sujets ne peuvent, selon mon IPR, caractériser un EPI. Par exemple, si je travaille sur l’orientation, je ne peux le faire dans le cadre d’un EPI alors qu’une des thématiques des EPI est «monde économique et professionnel !». On croit rêver !

 

Enfin dernier exemple, les heures sup !

L’année dernière, j’ai travaillé sur un gros projet avec trois de mes collègues. En fin d’année, surprise, nous avions droit au paiement de 9 heures supplémentaires chacun.

  • Mes collègues ont reçu leur argent à la fin du mois de juin
  • J’attends toujours de les recevoir… Tout ça parce que là haut, dans les petits bureaux, on ne peut pas me les payer : un prof doc n’a pas le droit aux heures sup !

Pour un même travail, mes collègues sont rétribués, et moi non. Je ne sais pas ce qui me retient de dire de gros gros mots tellement mon ras le bol est total.

Des exemples, j’en ai plein d’autres

mais je ne vais pas faire un long catalogue de ces diverses interprétations des textes officiels. Pas le temps et pas envie.

En conclusion

Pour une Éducation NATIONALE, je trouve scandaleux que le statut des profs docs soient si différents d’une académie à l’autre, d’un établissement à l’autre. Et il n’est absolument pas normal que les IPR, chefs et compagnie interprètent à leur guise les différents textes officiels. A mon sens, ils sont hors la loi.

J’en ai marre, vraiment marre de me battre pour ce type de connerie, pour des personnes qui nous clament haut et fort que l’EMI (Éducation aux Médias et à l’Information) est essentielle à l’éducation de nos chers petits.

C’est de l’hypocrisie.

Si cette «éducation à» était si importante, on se serait donné les moyens de réellement la mettre en œuvre, on aurait utilisé les enseignants les plus à même de la mener : les profs docs ! Ce n’est vraiment pas ce vers quoi nous allons actuellement et, pour moi, c’est inacceptable.

(Je vous avez prévenus, c’est un texte un peu en désordre et totalement rageur)

Publicités